Le lâcher-prise, un facilitateur de nos transitions
Il est 3 heures du matin, et une insomnie m’offre un moment de lucidité. Il me permet de trouver l’axe que je cherchais depuis un moment pour écrire cet article. Aborder la transition en parlant du lâcher-prise. Je me lève donc pour écrire. Heureusement, demain c’est samedi.
Cela fait 14 ans que j’accompagne les transitions professionnelles et je viens de vivre moi-même une énième évolution dans mon parcours pro. Début décembre, j’ai franchi le pas d’oser d’être pleinement indépendante, pour une vie encore plus alignée .
Aujourd’hui, j’ai à nouveau écouter quelqu’un me raconter son histoire professionnelle et ses reconversions. Ces écoutes, c’est mon dada.
N. a commencé comme contrôleuse de gestion, puis est devenue enseignante et a pris un nouveau tournant il y a peu en prenant un poste en secrétariat. Sa motivation : la liberté. Un point commun entre nous (ajouté à celui de l’enseignement.)
Cet échange m’amène cette réflexion cette nuit sur le lâcher-prise.
Depuis 2011, j’écoute l’histoire des personnes :
–Celles qui vivent plein de vies professionnelles différentes, souvent dans des régions différentes, et qui adorent ça. Elles se régalent dans chaque poste et vont ensuite vers ce à quoi elles aspirent, consciente de leurs forces et de la multitude d’identités professionnelles dans lesquelles elles peuvent être douées et se réaliser, autour d’un fil conducteur. La peur ne les immobilise pas. Je suis de ceux-là, la vie m’a appris ça. Et je me fais accompagner à chaque transition car elles restent, malgré la confiance, inconfortable à vivre (thérapie, supervision).
Pour cela, elles ont lâcher-prise. Elles ont par exemple lâché :
-le passé
-l’identité professionnelle basée sur l’ancien poste
-un salaire plus conséquent
-un statut
-des congés
-le regard des autres
-un look non adapté à l’efficacité professionnelle
-une zone géographique parfois, donc une maison, des habitudes, etc
-une zone de confort
-Et surtout, la peur.
« La plus vieille et la plus puissante émotion de l’homme est la peur et la plus grande peur de l’homme est la peur de l’inconnu. », écrivait H.P. Lovecraft Antoine.
Elles ont donc renoncé, ont posé des choix de vie.
-J’écoute aussi ceux qui en rêvent mais ne sont pas prêts à exaucer, à lâcher. Ils regardent, tel un oisillon, par la fenêtre de leur nid. Dehors est tentant mais les alarmes « dangers » sont plus fortes. La prise de risque lié à l’envol, ils ne sont pas prêts. Le choix est de rester dans ce qui est connu, choisir le confort à court terme qui pourrait devenir un inconfort à long terme.
-Il y a ceux qui n’ont pas besoin de changement
–Ceux qui ont besoin mais sont totalement perdus sur le nouveau chemin à choisir
–Ceux qui ont subi une transition non voulue, dans la souffrance, un deuil qui prendra quelques années, et qui retiendra dans le passé, avant de pouvoir projeter une nouvelle vie future, et ceux pour qui ce changement subi deviendra finalement une opportunité revivifiante pour réaliser une vie, un projet qui couvait secrètement.
–Ceux qui sont fin prêts mais le marché ne s’y prête pas. L’emploi n’arrive pas. Attendre devient alors une douleur difficile à supporter, leur potentiel non utilisé. Une vie entre deux qui dure plus longtemps que souhaitée et qui affaiblit l’estime de soi.
Ce qui est sûr, c’est que « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit » (Khalil Gibral)
Cette phrase m’a aidée dans toutes mes transitions professionnelles et personnelles. Accepter le prix à payer pour atteindre son aube (et donc les émotions qui vont avec, l’incertitude et l’inconfort aussi). Savoir que le nuit ne durera pas et est une étape nécessaire.
Je repense très souvent avec gratitude à la période de ma vie la plus douloureuse, où j’ai posé nombre de choix qui m’ont amené à tout changer dans ma vie: job, département, vie amoureuse. Je me suis retrouvée sans chez moi, sans meuble, seule avec mon lapin. Hébergée chez une amie le temps que je réinstalle ma nouvelle vie. Sans cette étape, je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui. Le prix en payer en valait vraiment la peine. Ce n’est pas toujours le cas.
Et souvent les transitions vont ensemble, on quitte un job et on se sépare en même temps par exemple.
Nous ne sommes pas égaux devant les transitions. Des croyances différentes nous en donnent des perceptions différentes et donc des comportements différents face à elles. Chaque attitude mérite d’être considérée avec respect et bienveillance. Un point commun aide : faire confiance et booster sa confiance dans ces moments-là. Ne pas rester seul avec ses doutes. Car transiter, c’est se transformer.
C’est un processus en 3 étapes:
-la fin
-la zone neutre
-le nouveau départ
Voici l’image que Dame Nature nous montre en exemple :
La chenille, dans son cocoon. Pour devenir papillon, elle accepte de lâcher-prise. De lâcher son état de chenille, de se liquifier, de faire confiance que le l’amènera à devenir papillon, pour se transformer, s’envoler, s’élever. Vivre ce qu’elle est.
Et vous, comme Dame Chenille, qu’avez-vous lâché pour vous réaliser ? Ou que n’êtes-vous pas prêts de sacrifier, lâcher ?
Hâté d’écouter votre histoire ! Là pour vous aider à transiter plus sereinement, en confiance.
Pour la petite histoire : j’aurais dû m’appeler Laetitia. Ma mère, sur la table d’accouchement, a estimé que ce prénom n’était pas moi. Elle a pris le calendrier et a balayé les prénoms : Aude, Audrey, Laure, Aurore !
J’y vois comme un signe de ma vocation. Accompagner les personnes vers leur aurore.